Animale









   Parce que, depuis toujours, je me cache. Dans la rue, je marche vite, le ventre tendu, le regard baissé, évitant les terrasses de café, les attroupements des abribus − partout où mon visage peut apparaître à vif comme une plaie. Parce qu’épeler mon nom me donne déjà envie de fuir. Aux guichets, aux caisses des magasins, mes sourires sont exagérés comme des tics nerveux, mes yeux sans cesse en mouvement pour qu’on ne puisse déchiffrer mon plus secret désir qui est de disparaître, de m’enfoncer dans les bois, d’oublier qui je suis − si j’ai jamais été quelqu’un. Parce que je rêve d’être un animal sans mémoire, tout en muscles et en vitesse dans la pâle lumière de décembre, je ne sens ni les ronces qui s’accrochent à la doublure pelucheuse de mon manteau, ni le froid quand je me déshabille dans ce hangar au milieu de la forêt, depuis longtemps rongé par la rouille et le lierre. [...]


(Animale, Extrait)