Beauté des hommes








  Je ne cherche pas les hommes beaux − ceux qui arpentent les rues avec confiance, le dos droit, le visage offert au soleil. Leurs dents et leurs cheveux sont trop habiles à capter la lumière, leur chair élastique trop remplie d’eux-mêmes. Les regards ricochent sur les rondeurs de leurs joues, de leurs épaules, de leurs fesses et leur sourire tranquille semble dire : « Regardez-moi. N’ai-je pas raison d’être ici ? Ne suis-je pas à ma place dans ce monde ? »
     Je ne cherche pas les hommes beaux, leur fade assurance m’ennuie. Je leur préfère les corps troublés, les corps inquiets, les gestes furtifs, les vêtements qui s’ouvrent sur des peaux pâles à force de se cacher. Mes amants ne sont pas beaux, ils sont avides et sans limites.
   Sur leur squelette, la chair a parfois fondu et s’est replacée au hasard après la maladie, s’accrochant où elle pouvait − autour de la taille, sur le ventre, comme la consolation d’un chagrin impossible à nommer. Leurs muscles sont devenus une matière moelleuse, bien faite pour y enfoncer les doigts. Leur peau s’est froissée par endroits, sous les aisselles, au creux des bras, ou s’est piquetée de taches rousses comme un miroir ancien.  [...]


(Beauté des hommes, Extrait)