FranQ, les douceurs








  FranQ dit que son corps est une machine à faire jouir − depuis ses yeux et sa bouche, avec lesquels il dévore ses amants, jusqu’à ses pieds qu’il enfonce en eux, lentement, dilatant leur chair millimètre par millimètre. Il ne craint ni le sang ni la merde qu’il a senti couler le long de ses cuisses, dans un bus bondé de fin d’après-midi, quand la maladie lui permettait tout juste de sortir à nouveau. Il aime manger le corps des garçons, quelle qu’en soit la matière ; il n’est jamais rassasié de leur goût ni de leur odeur.
   Du sol au plafond, les murs de son appartement sont recouverts de miroirs faits pour réfracter la lumière, d’étagères  dissimulées par des claustras japonais. Sur les rayonnages, les bocaux de fruits confits parfumés à la moutarde et les pâtes italiennes alternent avec des volumes sur l’architecture génoise, l’histoire du corps en occident, le cannibalisme, les monstres, les manuels de botanique et de latin. Au fond de sa penderie, des cantines en fer cadenassées renferment ses précieuses collections de pinces et de fouets, d’aiguilles et de sondes, de cordes en chanvre huilé, d’électrodes et de ventouses. FranQ est célèbre pour la rareté de ses objets amoureux. Certains garçons, et parfois des femmes, traversent les frontières de Suisse et de Belgique pour le rencontrer. Ils viennent lui offrir leur peau comme une surface vierge sur laquelle écrire une histoire encore enfouie. Ils viennent se mettre à quatre pattes et mendier leurs tourments, les yeux écarquillés, des filets de salive aux commissures de leurs lèvres distendues. Ils ont faim.  [...]


(FranQ, Extrait)