Le bâtard amoureux







  C’est un beau métis au corps souple, aux yeux noirs et liquides bordés de longs cils. C’est un bon bâtard aux muscles puissants, la rondeur de son crâne luisant sous la soie rase de ses cheveux tondus. Il vient de Genève. Il a pris le train de 18 heures directement après son travail. Sous son costume gris clair, il porte un harnais en cuir qui découpe son torse en quartiers de peau douce ; sous l’écharpe autour de son cou, un collier semi-étrangleur à pointes en acier. Il n’a cessé de le toucher à travers le lainage pendant le voyage vers Paris. Les pointes intérieures chromées sont garnies d’embouts de caoutchouc noir qui pressent sa gorge. Ce collier sert à discipliner les jeunes chiens trop fougueux. FranQ le lui a offert deux ans plus tôt, peu après leur rencontre sur un site de mecs. Depuis, il a lui-même acquis quelques autres modèles − en cuir noir à boucles brillantes, en métal à double rangée de mailles plates, en chanvre tressé, en vachette vernie orné d’un bandana rouge − ainsi qu’une médaille gravée à son nom sur l’endroit et au nom de son propriétaire sur l’envers. Il s’appelle Thomas lorsqu’il organise des rendez-vous dans son bureau, lorsqu’il passe des coups de fil à l’étranger, lorsqu’il déjeune avec des collègues. Il s’appelle Tom lorsqu’il marche à quatre pattes, nu, ses poings emprisonnés dans des moufles en forme de pattes fermés par des cadenas, une queue en latex enfoncée dans le cul.  [...]

(Le bâtard amoureux, Extrait)